Samedi 24 mars 2007 6 24 /03 /2007 15:48

 

"Le socialisme français doit être
dépoussiéré et actualisé
"

 

A l'aube du premier tour,
Ségolène Royal publie "Mai
ntenant"

 

AP - 24/03/2007

A moins d'un mois du premier tour, Ségolène Royal publie ce mardi un livre intitulé "Maintenant", dont l'Associated Press a obtenu copie, où elle se livre un peu, s'explique longuement sur son engagement à gauche et les valeurs qui la guident, et prépare déjà la "rénovation idéologique" du PS. Pas tendre avec François Bayrou qu'elle accuse de "se moquer" des Français, elle fait de Nicolas Sarkozy sa principale cible et dénonce sans ménagement sa "boulimie" de pouvoir.

Plusieurs fois repoussé, ce livre d'entretiens avec l'éditorialiste de "Elle" Marie-Françoise Colombani se présente sous la forme d'un abécédaire en 335 pages et 190 mots-clés, de "abandonner" à "zen". Son titre, "Maintenant" (éd. Hachette Littératures-Flammarion), n'est pas sans rappeler l'ouvrage "Ici et Maintenant" que François Mitterrand avait rédigé en 1980, juste avant d'entrer à l'Elysée.

"J'aime la France", écrit-elle, lyrique. "J'aime son histoire pleine de bruit et de fureur, mais aussi de douceur, de moments radieux, j'aime sa langue, j'aime ses paysages. La France, pour moi, ce n'est pas que l'Hexagone, ce sont aussi ses outre-mers, c'est la Martinique où j'ai vécu enfant, où j'ai travaillé jeune fille, où je suis retournée".

Souvent accusée de flotter idéologiquement ou de flirter avec la droite, elle revendique son ancrage à gauche: "Je suis née dans un milieu de droite", mais "je ne partage pas ce pessimisme social, ce respect du désordre établi, cette vénération pour le libéralisme économique et la loi du plus fort". "C'est à gauche que j'ai trouvé ce désir d'émancipation et de fraternité".

Ségolène Royal dénonce par conséquent "l'illusion d'un dépassement du clivage entre la droite et la gauche" dans une flèche à son rival UDF François Bayrou. "Prétendre brouiller les frontières, c'est se moquer (des Français). Ou avoir des appétits de carrière personnelle qu'on espère mieux satisfaire en changeant de camp", accuse-t-elle. Mais c'est Nicolas Sarkozy qui apparaît comme son premier adversaire. Elle juge "scandaleux" qu'il soit resté "aussi longtemps" ministre et candidat, et pointe son "échec" place Beauvau. Elle fustige aussi une "boulimie" et une "volonté de tout contrôler inquiétantes pour la France".

"Prisonnière d'aucun dogme", elle prend toutefois soin de ne pas insulter l'avenir en affichant sa volonté de "rassembler largement" dans l'élection présidentielle, "au-delà des étiquettes".

Dans la dernière ligne droite, celle qui affirme ne pas penser depuis longtemps à l'Elysée refuse d'envisager l'échec. "La consigne que je me donne, c'est d'être présente au deuxième tour et de gagner!" Zen, Ségolène Royal? "La pression que j'ai subie au cours des primaires" au PS "a été une rude école", confie-t-elle, "le stress est derrière moi". Elue, elle formerait une "équipe resserrée" et "solidaire" et juge qu'une "quinzaine" de ministres serait "une bonne hypothèse de travail".

Déjà, elle imagine l'avenir du PS et plaide pour "une actualisation du logiciel socialiste" pour aller vers un "socialisme du XXIe siècle" aux contours encore flous. Dressant en creux le bilan de son compagnon François Hollande aux commandes du PS, elle regrette une "glaciation" et une "tendance à s'enliser dans la répétition mécanique". "Le socialisme français doit être dépoussiéré et actualisé". "Je crois être en mesure de réussir cette évolution nécessaire et profonde", affirme-t-elle.

De la rubrique "ANPE" à "désarmement", la candidate balaie les grands dossiers et précise parfois ses intentions. Au volet fiscalité, elle se dit ainsi "favorable" au prélèvement à la source grâce à la "reconstruction d'un impôt citoyen" qui fusionnerait l'impôt sur le revenu et la CSG. Elle estime que l'assiette et le taux de l'ISF "peuvent être modifiés", en fonction du marché immobilier par exemple. Elle demande la "suppression" des "parachutes dorés". Au volet numérique, elle évoque aussi des aides à l'achat d'un ordinateur "sous condition de ressources", pour que chaque Français ait son adresse électronique.

 


 

Tollé après la garde à vue d'une directrice d'école

"Les enseignants ne sont pas des auxiliaires de police"

 

"Ce n'est pas la France que nous voulons"

 

(Ségolène Royal - 24/03/2007)

 

Nicolas Sarkozy est la cible de critiques tous azimuts après la garde à vue pendant sept heures, vendredi à Paris, d'une directrice d'école accusée d'être intervenue contre l'arrestation d'un étranger sans papiers.

 

Outre des représentants du monde enseignant et associatif, tous les candidats de gauche à la présidentielle ont dénoncé une escalade dans la répression, à trois jours du départ du candidat UMP du ministère de l'Intérieur.

 

"Il n'y a vraiment pas de quoi faire une polémique", a répliqué Nicolas Sarkozy en déplacement aux Antilles.

 

Mais en annonçant avoir écrit aux préfets pour leur rappeler des consignes précisant que l'exécution des mesures d'éloignement d'étrangers ne devaient pas se faire "dans l'enceinte ou à proximité immédiate" d'établissements scolaires, le ministre de l'Intérieur a donné l'impression de se démarquer du préfet de police de Paris.

 

Vendredi, la directrice d'une école maternelle du XIXe arrondissement de Paris a subi près de sept heures de garde à vue après des incidents survenus mardi à proximité de l'établissement, lors de l'interpellation d'un parent d'élève sans papiers.

 

Les policiers auraient fait usage de gaz lacrymogène pour disperser les manifestants, qui intervenaient en faveur de ces étrangers.

 

Selon le parquet, une voiture de police a été endommagée et un policier s'est vu prescrire dix jours d'incapacité totale de travail. Il assure que les policiers ont identifié la directrice comme la responsable des dégradations sur la voiture.

 

"PAS LA FRANCE QUE NOUS VOULONS"

 

Sur RTL, le directeur de la police urbaine de proximité à Paris, a assuré que l'opération qui a conduit à l'arrestation d'un homme d'origine chinoise, au départ de l'affaire, ne visait pas spécifiquement des étrangers mais avait pour objet de contrôler des débits de boissons.

 

"Ce n'était pas une opération de contrôle d'identité d'étrangers en situation irrégulière. Il ne s'agit pas de harcèlement contre des étrangers (...) Ce sont des opérations de sécurisation destinées à apporter un peu plus de sécurité à nos concitoyens", a-t-il affirmé.

 

Lors de ce contrôle, les neuf policiers présents ont interpellé le grand-père chinois d'un élève de l'école maternelle, provoquant de vives réactions d'enseignants et de parents d'élèves.

 

"Les enseignants ne sont pas des auxiliaires de police", s'est indignée la candidate socialiste Ségolène Royal vendredi soir lors d'un meeting à Nice. "Ce n'est pas ça la France que nous voulons. Ce n'est pas comme ça qu'on défend l'identité nationale, bien au contraire."

 

François Bayrou, candidat de l'UDF, a également estimé que, dans cette affaire "on a franchi des limites." A la "gauche de la gauche", Marie-George Buffet (PCF), Dominique Voynet (Verts), l'altermondialiste José Bové et Olivier Besancenot (LCR) s'en sont tous pris à Nicolas Sarkozy.

 

"Jamais on n'avait atteint un tel niveau", s'est indigné pour sa part Gérard Aschieri, secrétaire général de la FSU, le principal syndicat enseignant.

 

L'Unsa Education a également dénoncé les "tentatives d'intimidation à l'encontre des enseignants qui protègent les élèves sans papiers" et SOS-Racisme demande que cessent "ces harcèlements policiers" qui "ressemblent beaucoup à un signe électoral."

 


 

La gauche, unanime, et les syndicats protestent

 


De vives protestations ont suivi l'arrestation de Valérie Boukobza.  «Cette arrestation est révoltante. On peut se demander jusqu'où ira la violence et l'absurdité de la politique ultra-répressive menée par le gouvernement? Cette directrice d'école n'a fait que son devoir en empêchant une arrestation injuste. (...). Ces pratiques rappellent les heures les plus sombres de notre histoire et elles doivent cesser», a regretté Marie-George Buffet.

«Je suis profondément indignée par la rafle organisée par la police dans le 19e arrondissement de Paris devant l'école maternelle Rampal. (...) Je joins ma protestation à celle de tous ceux qui ont exprimé leur révolte contre cette action de la police qui n'hésite pas à utiliser les écoles comme une véritable souricière pour faire la traque aux enfants et à leur famille. Et je réclame la libération immédiate des personnes arrêtées dans cette affaire et l'arrêt de toutes les poursuites» a demandé Arlette Laguiller.

Syndicalistes indignés
Le Syndicat de la magistrature (SM, gauche) a dénoncé vendredi «une tentative d'intimidation intolérable» qui «relève à l'évidence d'une tentative d'intimidation intolérable à l'égard d'une enseignante qui, d'après plusieurs témoins, n'a fait que tenter de protéger ses élèves». Selon le syndicat, ces évènements «révèlent une volonté politique manifeste d'accélérer et de durcir la chasse aux sans-papiers et de disqualifier et réprimer tous les citoyens qui s'y opposent pacifiquement».

«Je suis réellement choqué, jamais on n'avait atteint un tel niveau. Déjà du gaz lacrymogène à l'entrée d'une école mais en plus une tentative d'intimidation manifeste !», s'est exclamé Gérard Aschieri, en marge du congrès de l'Unef, principal syndicat étudiant, à Lille. «Le ministre de l'Intérieur doit dire les choses : on ne peut pas être candidat et dire qu'on respecte les enseignants et être ministre de l'Intérieur et couvrir ce type de chose», a-t-il ajouté.

Le secrétaire général du SNUipp-FSU, principal syndicat du primaire, Gilles Moindrot et Faride Hamana, président de la FCPE, principale fédération de parents d'élèves, se sont déclarés indignés par cette arrestation.

«C'est absolument scandaleux, cela nourrit ce climat sécuritaire de délation répressive qui devient insupportable» a pour sa part dénoncé Bruno Julliard, le président de l?Unef, principal syndicat étudiant, lors de son congrès à Lille.

(20Minutes.fr, éditions du 23/03/2007 - 14h06)

 


 

23/03/2007

 

Une directrice d'école maternelle a été interpellée et placée en garde à vue vendredi après des incidents violents entre parents d'élève et policiers à propos d'enfants sans papiers en début de semaine.

 


 

 

"Construire une France fière d'elle-même"  

 

 

Ségolène Royal a continué, vendredi 23 mars, à creuser le clivage gauche-droite et oppose son projet d'une "France neuve" à la société "repliée sur elle-même" dont Nicolas Sarkozy serait le héraut. A Aix-en-Provence, la candidate socialiste à l'élection présidentielle a réservé ses flèches au seul candidat de l'UMP, nommément cité.

A un mois du premier tour, la candidate socialiste s'est présentée comme une "femme libre, ancrée dans [ses] convictions de gauche mais ouverte sur le socialisme du réel". Mais à l'heure où le candidat centriste séduit une frange social-libérale du PS, Ségolène Royal a insisté sur son intention "de rassembler bien au-delà des partis politiques".

 

Les Français, "on les divise, on les dresse les uns contre les autres. (...) Je ne veux plus d'une France repliée sur elle-même qui a peur des autres et qui s'enfonce dans le communautarisme, l'individualisme, et les discriminations", a insisté Ségolène Royal devant plusieurs centaines de personnes. "Je vous propose de construire une France fière d'elle-même, qui se relève, une France neuve, bien au clair sur ses valeurs, (...) appuyée sur des solidarités solides."

 

Dans la matinée, la candidate du PS a visité le camp des Milles, près d'Aix-en-Provence, où transitèrent 10 000 personnes sous Vichy, dont 2 500 furent déportées vers Drancy et Auschwitz. Devant l'ancienne usine de briques, "étape d'ombre" de l'histoire de France, elle a de nouveau fait allusion à l'identité nationale, dont elle n'entend pas laisser le monopole à son adversaire de droite.

 

Entourée des représentants de tous les cultes et du président du CRIF régional, elle a souligné l'importance des lieux de mémoire, indispensables pour "comprendre comment des Français ont pu déporter des Français mais aussi beaucoup d'étrangers (...) qui quittaient le fascisme de leur pays". "Je crois que cela fait réfléchir sur l'identité française. (...) C'est en ayant le courage de regarder notre histoire en face que nous pouvons continuer à forger notre identité nationale", a-t-elle déclaré dans la cour du grand bâtiment rose.


 

"Je veux vous parler avec gravité,
vous avez une responsabilité éminente"

(Marseille - 22 mars 2007)

A un mois "jour pour jour du jour où la France va choisir son destin (...), je voudrais d'abord vous dire que je ne veux pas que le 22 avril ressemble au 21 avril" 2002 (jour où Lionel Jospin a été éliminé dès le premier tour de la présidentielle), a déclaré la candidate socialiste, Ségolène Royal, jeudi soir 22 mars, lors d'un meeting à Marseille.

"C'est pourquoi cette dernière étape est si importante et c'est pourquoi ce soir, je veux vous parler avec gravité parce que vous avez une responsabilité éminente, (...) la responsabilité d'aller convaincre toutes celles et tous ceux qui ont de nouveau envie de croire en l'efficacité politique", a-t-elle souligné, devant plus de 8 000 personnes rassemblées au Dôme.

 

"Mettez-vous en mouvement pour construire une France juste, une France forte ! Mettez-vous en mouvement pour faire gagner la France, pour la relever ! Je suis sûre que nous gagnerons parce que les Français ne demandent que cela", a-t-elle lancé, avant de faire jouer la Marseillaise, "chant de toutes les libertés, chant de tous les républicains".

 

A 31 jours du premier tour, "les Français sont face à des choix clairs, projet contre projet", a estimé Ségolène Royal, classant François Bayrou et Nicolas Sarkozy sous une seule et même dénomination, "les deux candidats de droite", et les renvoyant dans le camp des sortants.

 

"L'HEURE DE LA VERITE VA BIENTOT SONNER"

 

Elle a opposé la situation "que nous laisse la droite d'une France frileuse, repliée sur elle-même qui a peur de regarder le monde" à son "pacte présidentiel", porteur à ses yeux de la "défense de toutes les formes de solidarités, de toutes les formes de services publics et [de] l'invention de toutes les nouvelles formes de sécurité".

 

"L'heure de la vérité va bientôt sonner et la première de ces vérités, c'est que ceux qui ont laissé la France dans l'état où elle se trouve (...) ceux-là ne peuvent pas incarner la France neuve, ceux-là ne peuvent pas prétendre qu'ils feront la rupture", a-t-elle insisté.

 

Contrairement à son habitude, elle a cité sur scène le nom du candidat de l'UMP, déclenchant les sifflets de la salle avant qu'elle ne les arrête d'un geste de la main. "Non! Pas de ouh même si vous en avez envie !", a-t-elle intimé face à des milliers de petits panneaux "Ségolène présidente" rouge et violet. "Je m'abstiens de toute attaque personnelle. Je leur laisse cela. D'ailleurs, ils s'y emploient beaucoup l'un contre l'autre. Moi, je vous parle des idées et de la conception de la France", a-t-elle fait valoir.

 

Sur scène avant elle, l'ancien porte-parole des Verts, Stéphane Pocrain, a lancé un appel au rassemblement de toutes les forces de gauche. "Oui, j'ai des désaccords" avec la candidate socialiste, a-t-il reconnu, "mais ces désaccords ne vaudront rien demain face à la victoire de Nicolas Sarkozy Sarkozy ou de François Bayrou". "Si on veut qu'il y ait une gauche tout court qui existe (...) je ne connais pas d'autre méthode que le rassemblement".

 

Par christian - Publié dans : DERNIERES MINUTES D'A.L.
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